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samedi 18 août 2018

“If I am a sword, I am a sword made of glass, and I feel myself beginning to shatter.”

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                        Glass Sword est le deuxième tome de la série "Red Queen" dont le premier tome m'avait bien plu. L'action commence dès les premières pages et nous reprenons l'action où on l'avait laissée à la fin de ce premier tome. Rappelez vous, Red Queen suit les aventures de Mare Barrow qui vit dans un monde où le pouvoir politique est aux mains des "Silver", humains au sang argenté et aux pouvoirs surnaturels qui exercent leur domination sur les "Reds", c'est-à-dire le commun des mortel au sang rouge et ne présentant aucun pouvoir quelconque. Mare a le sang rouge mais lorsqu'elle se rend compte qu'elle a des pouvoirs, son univers se trouve bouleversé ...


                     Red Queen est une série que j'aime bien même si elle n'est pas exempt de défauts. Ceux qui m'ont dérangée en particulier sont l'écriture des scènes de batailles et les descriptions, pas très évocatrices et donc souvent non-immersives. Le début, qui nous plonge ab initio dans l'action m'a un peu perdue et les cinquante premières pages n'étaient pas des plus agréables à suivre, je dois le dire. Cependant, Aveyard est meilleure en ce qui concerne les intrigues politiques et les relations entre personnages, qui sont encore une fois ce qui m'intéresse le plus dans cette série. (la romance est un élément secondaire bien moins présent que dans le premier tome mais j'aime beaucoup cette espèce de pudeur dans la manière de traiter cet aspect de l'histoire)
                    Les événements et détails du récit ne font pas toujours sens, c'est vrai, et il faut accepter de passer outre les incohérences du récit qui, si elles ne sont pas gravissimes nous font parfois sortir de l'histoire. De plus, comme dans le tome 1, Victoria Aveyard a une tendance insupportable à l'anastrophe qui, je l'espère, s'arrangera dans les tomes suivants. Enfin, ce tome 2 avait un côté X-men qui ne m'a pas emballée plus que ça car ce genre de concepts ne me parlent pas particulièrement mais je retiendrai un dernier chapitre explosif et un épilogue glaçant. Quant à l'aspect politique du récit, quand on connait un peu l'auteur et qu'on la suit sur les réseaux sociaux, il n'est pas étonnant de retrouver ces considérations, d'autant plus que le concept de Silver et Reds peut très bien (et veut sûrement) se lire comme une métaphore de notre société. Le tout reste très manichéen et peu original mais les dernières pages laissent entendre que cela se nuancera dans les prochains tomes.  Je ressors donc mitigée mais curieuse de découvrir la suite et heureuse d'avoir pu passer plus de temps avec ces personnages qui s'étoffent page après page.



Glass Sword de Victoria Aveyard. Harper Teen. 448 pages. 2016.

jeudi 19 juillet 2018

“They're certainly entitled to think that, and they're entitled to full respect for their opinions... but before I can live with other folks I've got to live with myself. The one thing that doesn't abide by majority rule is a person's conscience.”





To kill a mockingbird, Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur en français, est un classique de la littérature américaine qu'on ne présente plus. En 1960, Harper Lee publie ce qui sera son seul et unique roman (La "suite" publiée en 2016 n'étant en réalité qu'une première version de To kill a mockingbird), son chef-d'oeuvre, un roman narré par Scout, petite fille qui vit avec son père avocat et son grand-frère dans ce sud de l'Amérique qui a tant inspiré écrivains et cinéastes ... L'intrigue se déroule en pleine Grande Dépression, nous sommes donc dans les années 30 et à travers les yeux de cet enfant, Harper Lee nous plonge dans ce sud où ennui, misère sociale et racisme flottent dans l'air. 



                                On a dit que c'était un merveilleux livre sur le racisme, affirmation qu'Harper Lee a tempérée, préférant qu'on ne réduise pas son roman à cet aspect seul de l'intrigue. Le père de Scout, Atticus Finch, est en effet un avocat qui défendra un homme noir accusé injustement de viol, se mettant ainsi à dos une partie de Maycomb, ville imaginée par Lee mais qui n'est pas sans rappeler d'autres villes d'Alabama où se situe cette histoire. L'absurdité du racisme, Harper Lee le montre, c'est indéniable et cela explique en partie la portée qu'a eu ce roman publié à une époque où la ségrégation n'est toujours pas remise en question par la majorité des américains. Cependant, pour moi, c'est avant tout un formidable roman sur l'enfance, sur la fin de l'innocence et la perte des idéaux.


                               Il y a quelque chose d'à la fois profondément tendre et bouleversant à se balader dans les ruelles de Maycomb à hauteur d'enfant, d'être dans la tête de cette petite fille qui a à la fois un regard si juste sur les adultes et l'existence tout en gardant une innocence qui teint sa vision d'une candeur voire d'une naiveté qui font pressentir une mort des illusions brutale. Et pourtant, point de brutalité dans la découverte de la haine des autres, de l'ignorance, en somme du pire de ce que l'Homme a en lui.

                         
                             Au contraire, pour Harper Lee, si elle n'épargne pas peines et déceptions à ses personnages, il n'est pas question que cette exposition au mal se fasse de manière brutale; la découverte de ce monde hostile se fait de manière graduelle, douce, naturelle : Scout grandit jour après jour, été après été et il y a une maîtrise dans la manière dont Harper Lee utilise la temporalité dans son récit qui m'a bouleversée. Chaque page annonçant la fin de l'été se tournant, j'étais déjà en deuil de ces après-midis étouffants et de ces jeux d'enfants.



                                 Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur est rempli d'une langueur, d'une douce mélancolie mais c'est aussi, quoique son auteur en dise, un roman politique, un appel à la tolérance et à la justice. L'adaptation réalisée par Robert Mulligan est formidable et je conseille vivement le roman et son adaptation à ceux qui ne les auraient pas encore découverts ! La traduction française du roman est d'ailleurs très bien. 





Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur de Harper Lee, 1960.
Edition lue : traduction de Isabelle Stoïanov, publié chez Grasset en 2015. 472 pages.

dimanche 11 février 2018

Meilleures lectures de 2017

                           

                              Mon année 2017 aura été dominée par beaucoup de lectures universitaires et une volonté de ma part de lire plus de classiques. Je ne regrette pas ce choix mais j'aimerais en 2018 lire un peu plus de Young Adult car j'en ai peu lu finalement cette année. Anyway... voici mes lectures préférées de l'année 2017 ! (sans ordre de préférence)



The Offshore Pirate de F Scott Fitzgerald 





La végétarienne de Han Kang 





The Song of Achilles de Madeline Miller





La fille de braises et de ronces, tome 1 de Rae Carson





Le vieil homme et la mer de Ernest Hemingway





The Upside of Unrequited de Becky Albertalli










Electre de Sophocle





Night and Day de Virginia Woolf





L'ingénieux Hidalgo : Don Quichotte de la Manche, tome 1 de Miguel de Cervantes





Mémoires d'Hadrien de Marguerite Yourcenar





The Sweet Hereafter de Russell Banks


mercredi 4 octobre 2017

« The girl sitting here right now, dejected and guarded and covered in dust—how can this be the best version of me? »





                       C'est la dernière année de Mercedes au lycée. Alors que sa grand-mère tombe gravement malade, forçant sa mère à la laisser sa petite soeur et elle toutes seules, nous suivons le quotidien de l'adolescente. Le premier chapitre commence avec un piano tombé du ciel qui n'est que le début des étrangetés que nous suivrons au fil des pages. Ces quelques semaines sans parents seront l'occasion pour Mercedes d'apprendre à mieux se connaître, entre le rapport complexe qu'elle entretient avec son art (après avoir gagné un prix pour une de ses peintures, elle a perdu toute inspiration), sa relation avec sa soeur et sa meilleure amie (dont elle est amoureuse) et sa rencontre avec une mystérieuse colocataire qui lui ouvre la porte d'un endroit où créer ne paraît plus si difficile que cela... 



                           Je dois dire qu'en commençant le roman je m'attendais à une romance mais, d'entrée de jeu, il a été clair que Lauren Karcz a voulu se concentrer avant tout sur la relation que Mercedes entretenait avec son art. L'Art est un personnage à part entière de ce roman étrange et j'avoue que ça a été mon aspect préféré du livre. La façon dont le syndrome de la page blanche est abordé, la quête perpétuelle d'un "quelque chose"qui relancerait sur les rails de la créativité ... oui, si histoire d'amour il y a, c'est avant tout entre le personnage principal et son art qu'elle aime viscéralement et qui l'habite.
                           D'autre part, the gallery of unfinished girls est un roman de réalisme magique, "magical realism", genre popularisé par des auteurs sud-américains tels que Gabriel Garcia Màrquez ou Isabel Allende dans la seconde moitié du XX ème siècle. Il n'est d'ailleurs pas anodin que l'auteur choisisse de donner à son personnage une origine portoricaine. J'y ai lu un hommage aux maîtres sud-américains du réalisme magique dont l'auteur s'est clairement inspirée. Pour un premier roman, j'ai apprécié la créativité dans l'intrigue comme dans le language avec un travail sur les métaphores qui n'était pas toujours convainquant mais qui a parfois su me toucher.
                         Cependant, je n'ai ressenti aucun attachement aux personnages, surtout pas au personnage principal. Mercedes est une jeune femme égoïste, une artiste centrée sur son art, sur ses propres émotions qu'elle est sans cesse en train d'analyser (ce qui fait que le texte tourne souvent en rond et n'échappe pas à de fâcheuses répétitions) et néglige les gens autour d'elle, tout en s'auto-congratulant les rares fois où elle n'ignore pas son entourage. Je me suis certes reconnue en elle dans certains aspects de ce renfermement sur soi et cette auto-satisfaction mais cela ne m'a pas empêchée de la trouver très irritante.
                        Il y a une amorce de romance mais comme je l'ai dit plus haut, la véritable amour de Mercedes, c'est sa peinture, ses toiles ... dès lors, il est dur de croire en son amour pour Victoria ou de se soucier de cela. L'auteur parlait de cet amour d'une très belle manière mais elle ne m'a jamais fait ressentir d'où il venait et il m'a paru très superficiel alors qu'il était censé être consumant.
                       Pour finir, je dirais que si le réalisme magique a fourni certains des passages les plus réussis, je n'ai pas apprécié la manière dont l'auteur s'en est parfois servi comme une manière de camoufler les faiblesses de l'intrigue. Lauren Karcz est cependant une auteure à suivre même si le potentiel de ce roman qui aurait pu être excellent a été un peu gâché. Certains passages magnifiques ont parfois rattrapé les aspects négatifs mais mon impression globale reste mitigée.





the gallery of unfinished girls de Lauren Karcz. 352 pages, Harper Teen. Publié lé 25 juillet 2017. (premier roman de l'auteur, pas encore traduit en français)


jeudi 17 août 2017

Becky Albertalli a tout bon pour la deuxième fois





             Il est rare pour moi de suivre un auteur depuis le début, au fil de ses publications. J'ai tendance à ne pas être à jour sur les nouvelles sorties. Je suis toujours au courant de l'actualité littéraire (après tout c'est un des mes hobbies) mais les lire à leur sortie ? C'est une chose nouvelle pour moi. En 2017 pourtant j'ai lu énormément de nouvelles publications, principalement des nouveaux auteurs que j'ai découverts et que je compte suivre attentivement. Ce n'était pas vraiment un choix intentionnel, plutôt une envie soudaine de découvrir de nouvelles voix dans la littérature young adult et de lire plus de diversité. De la diversité, il y en a dans le second roman de Becky Albertalli. Je l'avais découverte en 2015 avec son premier roman YA, le très bon Moi, Simon 16 ans Homo Sapiens qui traitait du coming-out chez les adolescents. C'était une sorte de rom-com que j'avais dévoré d'une traite et que j'avais beaucoup aimé, sans que ça ait été pour autant un coup de coeur. Son deuxième roman sorti deux ans plus tard, The upside of unrequited a dépassé mes espérances et demeure à ce jour mon roman préféré de cette année : Molly, notre heroine, et sa soeur jumelle Cassie ont toujours été inséparables. Leur relation se complique lorsque Cassie tombe amoureuse et voit tout son temps accaparé par son nouveau "crush". Molly, qui n'a jamais osé aborder les multiples garçons pour qui elle a eu des sentiments, voit son monde chamboulé par sa rencontre avec Reid, jeune geek avec qui elle travaille pendant les vacances d'été. 



                         Ce roman traite de plusieurs thèmes chers à mon coeur : Molly est en surpoids et Becky Albertalli réussit à montrer à quel point les complexes entretenus dans la tête d'une adolescente peuvent rendre l'idée d'une relation amoureuse effrayante. Lorsque la seule chose à laquelle on pense est la façon dont son corps occupe l'espace, il est difficile d'être en paix avec soi et encore plus d'accepter de s'ouvrir à l'autre. Le fait que Molly ait des problèmes d'anxiété ajoute encore plus à son malaise quotidien mais Becky Albertalli a réussi à montrer qu'en dépit de ces contrariétés, les bons jours existent et cette note d'espoir distillée tout au long du roman m'a rendu très heureuse. L'auteur a en plus un don pour l'écriture des dialogues, les conversations paraissaient tellement authentiques que la lecture n'en devenait que plus fluide. (une des raisons pour lesquelles la future traduction en VF me fait peur. ) 
                       D'autre part, Becky Albertalli continue à traiter de l'homophobie qui est un sujet visiblement cher à son coeur (une partie de l'intrigue se concentre sur la préparation du mariage des mamans de Molly et Cassie) ainsi que du sexisme sous ses formes les plus ordinaires. Dans le contexte de l'Amérique d'aujourd'hui, je salue la force politique de ce roman young adult. J'ai tellement adoré ce roman qu'il est difficile pour moi d'en parler mais un des aspects que j'ai le plus aimés c'est la manière dont Becky Albertalli a travaillé son personnage principal, ses différentes facettes, ses contradictions ... Dans un marché young adult qui multiplie les stéréotypes, Molly est l'antithèse des clichés du genre, c'est une célébration des paradoxes et non-sens que l'adolescence peut être, de la diversité et de la force de l'amitié. Oui, tout ça en même temps !


Le roman sort en français en septembre.

dimanche 13 août 2017

Un autre roman de vampires pour ados ?







            On se rappelle tous les années Twilight, le nombre fou de "romans de vampire" pour ados qui ont envahi les rayons de nos librairies après le succès de la saga de Stephenie Meyer. Je plaide coupable, j'y ai moi aussi succombé et suis tombée sur plus de romans médiocres que je ne l'aurais voulu. Vous pensez bien qu'un énième roman du même genre ne me tentait pas du tout. Sauf que...  il y a deux ans, j'ai lu le recueil de nouvelles de noel My true love gave to me, recueil dont la qualité des nouvelles était plutôt inégale, seules quelques unes m'ayant réellement marquées. L'une d'elles était celle de Holly Black, auteur que je connaissais seulement de nom. Il m'a fallu seulement quelques pages pour savoir que je voulais lire tout ce que cette femme avait écrit. J'ai donc mis de côté mes réticences et me suis procuré The coldest girl in coldtown, (Coldtown, cité des vampires en français chez Hachette) et me suis lancée dans cette lecture.

 Notre héroïne Tana vit dans une Amérique où les vampires -qui autrefois vivaient parmi les humains sans que ces derniers ne soupçonnent leur existence- sont regroupés dans ce qu'on appelle des "cold towns" c'est à dire des sortes de villes cloisonnées où vivent vampires et humains contaminés. (Un humain mordu ne devient pas automatiquement vampire dans ce roman, il est en premier lieu "contaminé" et peut éliminer l'infection) Un matin, Tana se réveille après s'être endormie dans une baignoire lors d'une soirée bien arrosée et trouve tous ses camarades massacrés. Des vampires sont passés par là et elle est la seule survivante de cette boucherie. Ainsi commence ce roman.


                            Ce qui m'a le plus impressionnée chez Holly Black, c'est son agilité à aller d’un point A à un point B sans se perdre. On sent qu’elle maitrise son récit de bout en bout et qu’elle sait où elle veut nous emmener. Le rythme était parfait : elle prenait le temps de nous présenter les personnages plus longuement quand il le fallait, notamment à travers des flashbacks, et elle venait rompre les moments d’accalmie par des scènes d’action pour ne jamais perdre mon attention. Elle aurait pu faire de ce roman quelque chose de niais, elle en avait le matériel : héroïne tourmentée aux tendances suicidaires ? check. vampire ténébreux encore plus torturé et parlant comme un prince russe du début du XX e ? check. Mais elle ne s’est jamais laissée entrainer dans cette pente (même si le roman ne manque pas de passages romantiques à souhait)
                                     
                         Il y a eu tellement de romans sur les vampires ces dernières années mais Black a réussit à créer une nouvelle mythologie qui m’a absolument convaincue. Les parallèles entre sevrage de sang humain et sevrage de drogue est une image très moderne du vampirisme que j’ai trouvée très intéressante et bien exploitée. Tout ça servi par le style d’Holly Black que j’aime toujours autant. Le roman n'est pas parfait, il aurait pu être plus long (je rêve d'une suite ou d'un préquel, il y a largement matière à cela), il est arrivé que certaines répliques soient niaises ou maladroites ... mais ce sont des soucis mineurs comparés au plaisir que ce livre m'a procuré. 



En résumé, The coldest girl in coldtown a été une lecture sombre, glauque, délicieusement creepy et j'ai hâte de me plonger dans mon prochain Holly Black.


jeudi 25 mai 2017

the song of achilles x the good soul : "literary fiction" et fanfiction

                    



Aujourd'hui je voulais partager quelques réflexions que je me suis faites à propos de deux récentes lectures.


                             J'ai découvert le monde des fanfictions très jeune, à à peine 10 ans grâce aux "potterfictions". A l'époque, lorsque l'attente entre deux sorties de tomes d'Harry Potter se faisait trop longue, il était follement réconfortant de retrouver les personnages et l'univers que j'aimais tant dans d'autres histoires écrites par d'autres fans. Si les fanfictions ont toujours été une source de divertissement pour moi, il n'y a que très récemment que mon estime pour cette forme de littérature s'est trouvée élevée. La façon dont certains auteurs de fanfiction arrivent à faire de personnages fictifs ou existants les leurs, en s'appropriant leurs histoires d'une façon si personnelle, en jonglant avec éléments connus et/ou inventés pour créer parfois des chefs d'oeuvre ... je ne sais pas comment j'ai pu mettre autant de temps avant de reconnaître l'art en cela. Certaines des plus belles oeuvres de fiction que j'ai pu lire dans ma vie sont des fanfictions, comment alors leur nier leur statut d'oeuvre littéraire ? Certains s'y acharnent cependant. Faut-il donc qu'une oeuvre soit publiée pour qu'elle soit littéraire, aussi bien écrite fût-elle ? Heureusement, il semble que le stigma autour des fanfictions diminue de plus en plus que des lecteurs se rendent compte de l'absurdité de les dénigrer dans leur globalité.
                             
                           En anglais, une oeuvre de fiction contemporaine estimée qualitativement est classée dans la catégorie "literary fiction". On se chamaille encore pour définir exactement ce qu'englobe cette catégorie mais il y a toujours cet aspect qualitatif qui demeure. Il y a quelques semaines, j'étais d'humeur à lire une fanfiction sur la Grèce antique, sans trop savoir exactement ce que je recherchais exactement. Je me suis laissée tenter par une fanfiction intitulée The Good Soul, retraçant une partie de l'adolescence de Patrocle et Achilles, deux des fameux personnages de l'Iliade. Je dois dire que leur relation m'avait toujours fascinée et c'est ainsi que je me suis mise à lire fanfiction après fanfiction, sans grande conviction je dois dire. Je suis tombée sur The Good Soul donc, un peu à reculons je l'avoue, la fanfiction faisant plus de 200 000 mots, c'est à dire plus de 500 pages à peu près. Je me suis dit "bof, lis le premier chapitre on verra bien, tu n'es pas forcée de la finir cette histoire". Quelques minutes plus tard, j'étais scotchée à mon téléphone duquel je m'éloignerait seulement 1 jour et demi plus tard, après avoir achevé le coeur serré cette fanfiction.

                             L'intrigue de The Good Soul débute lors du premier jours de cours de Patrocle. Patrocle est un adolescent fier mais silencieux, effrayé à l’idée d’affronter ses nouveaux camarades de classe qui ont tous entendu parler de l’incident qui s’est déroulé conduisant Patrocle a tuer un autre enfant, le bannissant à jamais de sa ville natale. Patrocle sait donc avant même de pénétrer dans la salle de classe qu’il sera un paria dans cette terre d’exil, terre où règne le roi Pélée, père d’Achille. Dès le début, la relation entre Achille et Patrocle est turbulente. Comme je l’ai dit, si Patrocle est honteux de son statut de paria ainsi que de son passé criminel, il est néanmoins fier de nature et n’accepte pas de se plier aux exigences d’Achille, qui en tant que demi-dieu et fils de roi, est courtisé et admiré de tous, ce que Patrocle méprise. Mais il ne va pas falloir beaucoup de temps avant que les deux deviennent inséparable.
                             
                              Ce qui est intéressant dans The Good Soul, c’est que la grande majorité des oeuvres de fiction qui s’intéressent au personnage d’Achille se concentrent surtout sur la guerre de Troie pour des raisons évidentes. Or, cette fiction s’achève juste avant la guerre de Troie. C’est une espèce de chronique de l’adolescence de Patrocle et Achille, comme une collection de récits épisodique de leurs aventures au chateau de Pélée. Cela ne nous épargne pas cependant des scènes de batailles déchirantes et remplies d’action qui viennent rompre le quotidien des adolescents, quotidien que l’auteur a su rendre passionnant. La chaleur de Phtie, le parfums de fleurs, les rires des adolescents lors des diners, les commérages des servantes … pendant ma lecture j’ai été complètement transportée dans cet univers antique si lointain mais que l’auteur a su retranscrire à merveille, mettant mes sens en éveil. 


                            A côté de cela, The Song of Achilles de Madeline Miller,  roman sur le même thème, s’étend sur la guerre de Troie qui prend une place importante dans le roman. L’enfance et l’adolescence de Patrocle et Achille sont évoqués assez longuement mais l’horreur de la guerre dans la seconde partie du roman vient contrebalancer de manière assez cruelle la candeur et la tendresse de la première partie du livre. J’ai adoré ce roman mais avec du recul, je ne sais pas si je l’ai autant aimé parce que ces personnages et leur destinée me passionne. Ce que j’ai aimé dans The Good Soul, c’est que Achille était montré de manière réaliste : splendide mais terrible, cruel, inquiétant… alors que dans le roman de Miller, on a le point de vue de Patrocle qui, idolâtrant Achille, nous peint un portrait magnifié d’Achille. C’était beau de voir ce personnage si important dans la mythologie à travers les yeux de Patrocle, simple humain. Et si cette vision évolue au fil des chapitres, j’aurais cependant aimé que l’auteur s’intéresse aussi à cet aspect terrible du personnage d’Achille or, Patrocle met beaucoup trop de temps avant de poser un regard lucide sur ce dernier. Quand cela est enfin arrivé, c’était beaucoup trop tard pour que je sois complètement convaincue. En outre, je ne suis pas totalement satisfaite par le style d’écriture de l’auteur ainsi que par le rythme du récit que j’ai trouvé assez curieux. (j’ai lu les cent premières pages en français puis la suite en anglais, ce qui peut expliquer que je n’ai pas pu me laisser emporter complètement par l’écriture et par le rythme) Cela n’empêche que j’ai passé un excellent moment de lecture avec le roman de Miller mais mon biais en faveur de ces personnages et de cette histoire fascinante peut expliquer cela. Une re-lecture future me permettra de confirmer ou infirmer cela.


  Pour revenir à ce que disais plus haut par rapport au statut de la fanfiction, dans ce cas-ci j’ai préféré lire The Good Soul que j’ai trouvée plus maîtrisée que The Song of Achilles. Elle respecte certes les codes de la fanfiction (surenchère du drame, style pas toujours homogène, hyper-sexualisation des personnages…) mais montre qu’enfermer la fanfiction à de la lecture pour fangirls hystériques est non seulement insultant mais fait indubitablement passer à côté de véritables perles. 






samedi 25 juin 2016

Le comte de Monte-Cristo




                           Le comte de Monte-Cristo ... ce monument de la littérature française : considéré comme un chef-d'oeuvre pour certains, méprisé par d'autres qui ne voient en ce roman qu'un banal roman d'aventure sans grande valeur littéraire, tout le monde a bel et bien entendu parler de l'oeuvre d'Alexandre Dumas. Pour ma part, étant déjà familière de l'oeuvre par une de ses adaptations que j'avais vue plus jeune, je connaissais les grandes lignes de l'histoire : un jeune homme Edmond Dantès condamné à tord pour trahison et envoyé dans une effroyable prison où il sera forcé de passer d'interminables années de captivité ... avant de s'échapper et de laisser éclater sa vengeance.
                           Je n'avais jamais vraiment repensé à cette oeuvre de Dumas et puis il y a un moins, m'est venue l'envie soudaine (une réelle impulsion) de lire ce roman. Je l'ai donc acheté et me suis attelée à la lecture de ce titan : 800 pages pour la première partie de l'histoire. Les premières chapitres ont été un régal car disons les choses : Le comte de Monte-Cristo est un roman qui se lit bien. Le style est très abordable, les chapitres souvent relativement courts, le texte pas avare en dialogues ... J'ai dévoré les 200 premières pages plutôt rapidement ... et puis le soufflé est retombé. C'était curieux, vraiment : je n'avais rien à reprocher au roman. Il se lisait toujours aussi bien, l'histoire était plutôt intéressante ... mais voilà, la question (inévitable) s'est bientôt imposée à mon esprit : ai-je vraiment envie d'investir mon temps dans 600 pages de plus ? 800 autres encore après pour la seconde partie de l'oeuvre ? Et bien non.
                            Qu'on soit d'accord, je ne trouve pas le roman de Dumas mauvais. C'est un roman d'aventure fort agréable à lire. Il est néanmoins beaucoup trop long ! 1600 pages en tout ! J'aurais aimé le lire à l'époque où il était originellement publié, sous forme de roman-feuilleton : Imaginez ! Semaine après semaine retrouver le comte et suivre ses péripéties, le suspense toujours présent, le lecteur avide de connaître la suite du chapitre qu'il aura dévoré en quelques minutes. Oui, sous forme de roman-feuilleton, le roman de Dumas aurait certainement su me conquérir. Aujourd'hui, arrivée à la page 565, il m'est cependant impossible d'aller plus loin. J'aurai apprécié ces centaines de pages passées avec le comte : ces heures interminables dans le sombre cachot, ces îles mystérieuses visitées, ces machinations qui se préparaient et qui laissaient espérer un final explosif ! Pour la première fois de ma vie de lectrice cependant, je suis contrainte d'abandonner un livre et dire : "j'ai tout aimé sauf le nombre de pages". A une prochaine fois peut-être, Dantès !



Le comte de Monte-Cristo, tome 1 d'Alexandre Dumas. 800 pages. Le livre de poche, coll : "Les classiques de poche". 2008 pour la présente édition, 1845 pour le texte original.

lundi 16 mai 2016

Des plus et des moins, Episode 1 : Ephémère de Lauren Destefano





Résumé de quatrième de couverture : 


Que faire de sa vie quand on connaît la date exacte de sa mort ?
Les scientifiques ont créé des enfants génétiquement parfaits, immunisés contre toutes les maladies. L'humanité a cru voir son avenir assuré...jusqu'au jour où le verdict accablant est tombé. Ces jeunes gens ont une espérance de vie incroyablement courte : 25 ans pour les hommes, 20 ans pour les femmes, sans exception. Dans ce monde désolé, des jeunes filles sont kidnappées et contraintes à des mariages polygames pour la survie de l'espèce.
Rhine, âgée de seize ans, a été enlevée de force à son frère. Elle se réveille enfermée dans une prison dorée, un manoir où des serviteurs veillent à ses moindres désirs. Malgré l'amour sincère de son mari et la confiance qui s'instaure petit à petit avec ses sœurs épouses, Rhine n'a qu'une idée en tête : s'enfuir de cet endroit.



Les + : 


- Une atmosphère oppressante et brumeuse bien retranscrite. 
Une camaraderie entre les personnages féminins extrêmement touchante
Un style d'écriture agréable à lire (même si je regrette de ne pas l'avoir lu en anglais, la traduction de ce roman est plutôt bonne)
- Un récit addictif qui pousse à tourner les pages très rapidement
- Des passages très durs et sombres à lire que j'ai trouvés bien écrits et intéressants. 





Les -  

- Des personnages masculins fades
- Les romances amorcées sont inintéressantes et ne servent pas l'atmosphère pourtant réussie sans cela.
- Une curieuse ressemblance avec le roman de Margaret Atwood La servante écarlate qui m'a dès le départ empêchée de rentrer en complète immersion, car le chef d'oeuvre de l'auteur canadienne ne parvenait jamais à me sortir de la tête.
- Des ellipses temporelles qui nous empêchent de nous attacher réellement aux personnages et qui font que les rapprochements entre les personnages paraissent souvent forcés ou trop rapides. (Avec Gabriel notamment)


Pour résumer, j'ai apprécié cette dystopie YA mais je l'ai trouvée trop similaire à la servante écarlate , plusieurs choix de l'auteur m'ont agacée et je n'ai jamais réussi à ressentir de quelconque attachement aux personnages. 

Une note généreuse de 3/5.


Le dernier jardin, tome 1 : Ephémère de Lauren Destefano, Castelmore. 2011. 350 pages.

vendredi 25 mars 2016

“There was dishonor, she decided, in accepting someone else’s idea of honor without question.”



                       The Winner's Crime est un tome 2, suite de The Winner's Curse et l'intrigue du roman reprend quelques mois après les événements de la fin du tome 1 (je ne dévoilerai rien de l’intrigue pour ne pas spoiler.) J’ai encore fois passé un excellent moment avec ce tome 2, encore plus déchirant que son prédécesseur. Ce tome est un concentré à la fois de sensualité et de pudeur : l’auteur sait que ses lecteurs ont faim de scènes entre Arin et Kestrel mais ce que j’ai aimé, c’est qu’elle ne sacrifie pas la logique et la cohérence de son intrigue pour donner au lecteur ce qu’il veut. Ce qu’elle nous donne, c’est la souffrance, la frustration, le manque, les longues nuits d’insomnie. Il y a également toute une réflexion très intéressante sur le sens de l’honneur, sur ce que cette vertu signifie pour les différents personnages.
                      En parlant des personnages, ils me charment toujours autant : Kestrel est toujours aussi brillante mais beaucoup plus vulnérable dans ce tome, ce qui m’a paru être l’aspect le plus bouleversant du livre. De plus, j’ai aimé que l'on explore plus en profondeur la relation qu’entretient Kestrel avec son père, relation qui explique énormément de choses sur la personnalité et les agissements de notre héroïne. Arin, lui, est fidèle à lui-même : à fleur de peau, prêt à tous les sacrifices pour son peuple mais aussi pour Kestrel. Dans ce tome, je l’ai souvent trouvé frustrant mais compte tenu des épreuves qu'il doit traverser, ses réactions sont compréhensible et je ne lui en ai pas tenu rigueur. D’autre part, on fait la connaissance de nombreux nouveaux personnages intrigants, notamment l’Empereur qui est un homme absolument effrayant ou Tensen, le mystérieux compagnon de Arin. 
                     Je voudrais aussi dire quelques mots sur le style d’écriture que je trouve somptueux, encore meilleur que dans le tome 1, cela grâce à un travail sur les phrases très intéressant. Contrairement à Maggie Stiefvater qui travaille particulièrement le rythme des phrases, Marie Rutkoski se concentre plus sur le choix des mots et utilise des métaphores insérées dans des phrases brèves. Je dirais que c’est un style faussement simpliste puisque même si au premier coup d’oeil Marie Rutkoski privilégie les phrases courtes et simples, le travail sur le lexique et sur l’imagerie est assez recherché. C’est grâce à ce style que la douleur, l’affliction que ressentent Kestrel et Arin deviennent quasi-palpables. La fin est incroyable, absolument cruelle et je n'ai qu'une seule envie : me jeter sur le dernier tome qui sort dans quelques jours (et que j'ai pré-commandé et attend avec fébrilité !) 



The Winner's Crime de Marie Rutkoski publié chez Farrar, Straus & Giroux. 402 pages. 2015.