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jeudi 19 juillet 2018

“They're certainly entitled to think that, and they're entitled to full respect for their opinions... but before I can live with other folks I've got to live with myself. The one thing that doesn't abide by majority rule is a person's conscience.”





To kill a mockingbird, Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur en français, est un classique de la littérature américaine qu'on ne présente plus. En 1960, Harper Lee publie ce qui sera son seul et unique roman (La "suite" publiée en 2016 n'étant en réalité qu'une première version de To kill a mockingbird), son chef-d'oeuvre, un roman narré par Scout, petite fille qui vit avec son père avocat et son grand-frère dans ce sud de l'Amérique qui a tant inspiré écrivains et cinéastes ... L'intrigue se déroule en pleine Grande Dépression, nous sommes donc dans les années 30 et à travers les yeux de cet enfant, Harper Lee nous plonge dans ce sud où ennui, misère sociale et racisme flottent dans l'air. 



                                On a dit que c'était un merveilleux livre sur le racisme, affirmation qu'Harper Lee a tempérée, préférant qu'on ne réduise pas son roman à cet aspect seul de l'intrigue. Le père de Scout, Atticus Finch, est en effet un avocat qui défendra un homme noir accusé injustement de viol, se mettant ainsi à dos une partie de Maycomb, ville imaginée par Lee mais qui n'est pas sans rappeler d'autres villes d'Alabama où se situe cette histoire. L'absurdité du racisme, Harper Lee le montre, c'est indéniable et cela explique en partie la portée qu'a eu ce roman publié à une époque où la ségrégation n'est toujours pas remise en question par la majorité des américains. Cependant, pour moi, c'est avant tout un formidable roman sur l'enfance, sur la fin de l'innocence et la perte des idéaux.


                               Il y a quelque chose d'à la fois profondément tendre et bouleversant à se balader dans les ruelles de Maycomb à hauteur d'enfant, d'être dans la tête de cette petite fille qui a à la fois un regard si juste sur les adultes et l'existence tout en gardant une innocence qui teint sa vision d'une candeur voire d'une naiveté qui font pressentir une mort des illusions brutale. Et pourtant, point de brutalité dans la découverte de la haine des autres, de l'ignorance, en somme du pire de ce que l'Homme a en lui.

                         
                             Au contraire, pour Harper Lee, si elle n'épargne pas peines et déceptions à ses personnages, il n'est pas question que cette exposition au mal se fasse de manière brutale; la découverte de ce monde hostile se fait de manière graduelle, douce, naturelle : Scout grandit jour après jour, été après été et il y a une maîtrise dans la manière dont Harper Lee utilise la temporalité dans son récit qui m'a bouleversée. Chaque page annonçant la fin de l'été se tournant, j'étais déjà en deuil de ces après-midis étouffants et de ces jeux d'enfants.



                                 Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur est rempli d'une langueur, d'une douce mélancolie mais c'est aussi, quoique son auteur en dise, un roman politique, un appel à la tolérance et à la justice. L'adaptation réalisée par Robert Mulligan est formidable et je conseille vivement le roman et son adaptation à ceux qui ne les auraient pas encore découverts ! La traduction française du roman est d'ailleurs très bien. 





Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur de Harper Lee, 1960.
Edition lue : traduction de Isabelle Stoïanov, publié chez Grasset en 2015. 472 pages.